Mention IA obligatoire, ce que la loi impose
David Touzet2 août 202611 min de lectureDepuis le 2 août 2026, une entreprise qui publie un contenu généré par intelligence artificielle doit le signaler. Pas seulement les grands groupes, pas seulement les médias. Aucun seuil de taille n’est prévu. Voici les 4 situations visées, le calendrier réel avec son report partiel, et la règle simple qui met une PME à l’abri sans abîmer ses pages.
- Article 50, les 4 situations concernées
- Qui est concerné, PME comprises
- Calendrier, 2 août 2026 et report de décembre
- Votre robot doit se présenter dès le premier message
- L’obligation que tout le monde a ratée depuis février 2025
- Le tableau à remplir ce soir, en 30 minutes
- Qui contrôle, et où poser vos questions
- Quand annoncer un visuel généré par IA
- Coût des visuels IA et règles de production
Article 50, les 4 situations concernées
Le texte ne parle ni de design ni de marketing. Il parle d’informer les gens, et il vise 4 cas précis.
- Une personne parle à une machine. Agent conversationnel, assistant sur un site, répondeur automatique. Elle doit savoir qu’elle ne parle pas à un humain, sauf si c’est évident pour n’importe qui.
- Un contenu a été généré artificiellement. Image, son, vidéo ou texte produit par un système. Le contenu doit porter une marque exploitable par une machine, pour rester identifiable en circulant.
- Une image ou une vidéo imite le réel. Un visage, une voix, un lieu existants, reconstitués au point de tromper. C’est le cas le plus strictement encadré.
- Un système analyse les émotions ou catégorise des personnes à partir de données biométriques. Les personnes concernées doivent en être informées.
2 de ces 4 situations concernent la quasi-totalité des sites d’entreprise. L’agent conversationnel et les visuels générés. Les 2 autres relèvent d’usages plus rares, mais leur régime est nettement plus sévère.

Qui est concerné, PME comprises
Voilà le point que la plupart des dirigeants découvrent trop tard. Après le contrôle.
Le texte ne prévoit aucun seuil. Ni de taille, ni de chiffre d’affaires, ni d’effectif. Il ne prévoit pas non plus de classification de risque, contrairement au reste du règlement où seuls les usages dits à haut risque déclenchent des obligations lourdes. Ici, le déclencheur est unique, publier ou exposer un contenu généré face au public.
Concrètement, sont concernés dès aujourd’hui.
- Le site d’un artisan qui a installé un agent conversationnel pour prendre les demandes de devis.
- Une boutique en ligne dont les visuels de mise en situation ont été produits par un modèle.
- Un club, une association, un cabinet qui publie des visuels de communication générés.
- Une agence qui livre ces contenus à ses clients, avec la question de savoir qui, du prestataire ou du client, porte l’obligation.
Sur ce dernier point, la réponse pratique tient en une ligne. Celui qui publie répond de ce qu’il publie. Un prestataire qui livre sans prévenir expose son client, et se met en difficulté le jour où le client s’en aperçoit.
Les sanctions prévues au règlement montent jusqu’à 15 millions d’euros ou 3% du chiffre d’affaires mondial. Pour une PME, le risque immédiat n’est pas là. Il est dans le signalement d’un concurrent, la réclamation d’un client, et la perte de confiance qui suit.
Une seconde obligation européenne suit la même logique et vise en partie les mêmes entreprises, l’accessibilité numérique. Elle s’applique depuis juin 2025 et ses premiers contrôles sont annoncés. Le test qui dit si vous êtes visé tient en 2 questions, nous l’avons détaillé dans accessibilité numérique, êtes-vous concerné.
Calendrier, 2 août 2026 et report de décembre
Une confusion circule, et elle mérite d’être levée. Elle donne l’impression rassurante qu’on a jusqu’à la fin de l’année.
Le 2 août 2026, les obligations de transparence entrent en application. L’information du visiteur qui dialogue avec une machine, la divulgation des contenus qui imitent le réel, l’information sur l’analyse des émotions. Tout cela s’applique dès maintenant.
Un aménagement repousse au 2 décembre 2026 une seule chose, le marquage automatique des contenus par les systèmes déjà présents sur le marché. C’est la partie technique, celle qui inscrit dans le fichier lui-même une empreinte lisible par une machine. Elle dépend des éditeurs d’outils plus que de vous, et la provenance signée en est aujourd’hui la forme la plus aboutie, surtout associée à un horodatage qualifié.
La lecture pratique tient en une phrase. Ce que vous devez écrire sur vos pages, c’est maintenant. Ce que l’outil doit inscrire dans le fichier, c’est décembre. Ne pas mélanger les 2 évite de découvrir en novembre qu’on était en retard depuis l’été.

Votre robot doit se présenter dès le premier message
C’est l’obligation la plus simple du texte, et celle que presque personne n’applique correctement.
Si un robot répond à vos clients, il doit annoncer qu’il est un robot. Un agent conversationnel sur votre site, un robot WhatsApp, un répondeur vocal. Tous concernés, sauf si c’est évident pour la personne.
Et voilà où ça coince. Une ligne dans les mentions légales ne vaut rien. L’information doit arriver au début de l’échange, dans le premier message, au moment où la personne commence à parler.
Une phrase suffit. « Bonjour, vous parlez à un assistant automatique. » C’est tout. Pas de formulaire, pas de case à cocher, pas d’avocat.
C’est le même principe qu’un numéro surtaxé qui vous prévient avant le bip, pas après la facture.
Il y a un cas où vous changez complètement de catégorie, et il vaut mieux le savoir avant. Tant que vous utilisez un robot qu’on vous a vendu, vous restez un simple utilisateur. Le jour où vous livrez un agent sous votre nom, avec votre logo, à un client, vous pouvez basculer du côté du fournisseur. Et là, ce ne sont plus les mêmes obligations du tout.
L’obligation que tout le monde a ratée depuis février 2025
Asseyez-vous, celle-là est passée sous tous les radars.
Depuis le 2 février 2025, une organisation qui met des outils d’IA entre les mains de ses équipes doit s’assurer qu’elles savent s’en servir. C’est l’article 4 du règlement, appelé maîtrise de l’IA. Un an et demi que ça court, et à peu près personne ne s’en est aperçu.
Rassurez-vous tout de suite sur ce que ce n’est pas. Pas de formation obligatoire, pas de programme officiel, pas de certification, pas de nombre d’heures. Aucun seuil d’effectif non plus.
Ce que le texte demande, c’est du bon sens proportionné. Une structure de 3 personnes qui utilise ChatGPT de temps en temps n’a pas les mêmes obligations qu’une entreprise qui déploie des agents sur des dossiers sensibles. Ce qu’il faut éviter, c’est d’avoir ouvert les outils à tout le monde sans un mot d’explication.
3 preuves suffisent, et vous pouvez les produire cet après-midi.
- Une note interne qui dit ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas.
- La liste des outils que vous laissez utiliser.
- Un suivi des personnes informées ou formées, avec les dates.
Il n’y a pas d’amende propre à l’article 4. Mais en cas d’incident, ne rien avoir mis en place devient une circonstance aggravante, et les sanctions générales du règlement s’appliquent alors.
Le tableau à remplir ce soir, en 30 minutes
On arrête de lire et on ouvre un tableur. C’est l’action qui met tout le reste au clair.
Une ligne par endroit où l’IA intervient dans votre activité. Puis 4 colonnes à cocher ou non.
- Ça parle directement à un client ?
- Ça produit du contenu que vous publiez ?
- Ça touche un sujet d’intérêt général ? Santé, environnement, finances, droit.
- Vous le fournissez sous votre nom à des clients ?
Un exemple avec 3 lignes. La rédaction de vos publications coche « contenu publié ». Le robot de votre site coche « client ». Vos comptes rendus de réunion internes ne cochent rien, personne d’autre que vous ne les lit.
En quelques minutes vous savez exactement où vous en êtes. Et le jour où on vous pose la question, vous sortez ce document au lieu de chercher vos mots.
Gardez-le. C’est lui qui vous servira à suivre les prochaines échéances.
Qui contrôle, et où poser vos questions
Jusqu’ici, personne ne pouvait rien vous demander. Ça vient de changer.
Le 2 août 2026, les autorités françaises ont obtenu leurs pouvoirs de contrôle et de sanction. Avant cette date, le texte existait mais personne n’était armé pour le faire appliquer. Maintenant, si.
La CNIL pilote, en coordination avec la DGCCRF, qui sert de point de contact unique pour la surveillance du marché, et l’ARCOM. S’ajoutent des autorités sectorielles selon votre métier, l’ANSM pour la santé, l’ACPR pour la banque, l’AMF pour les marchés.
Et une bonne nouvelle pour finir, parce qu’il en faut une.
La Commission européenne a ouvert un guichet officiel en français, entièrement gratuit. Vous y trouvez un questionnaire qui situe votre activité par rapport au règlement, le calendrier des prochaines échéances, et un formulaire pour poser vos questions à une équipe d’experts.
C’est du grand public, parfois mal traduit, mais ça existe et c’est correct. Si votre cas est vraiment complexe, allez voir un professionnel plutôt que de vous fier à un questionnaire en ligne.
Dernier point qui va détendre tout le monde. Ce que vous avez publié avant l’entrée en vigueur n’a pas vocation à être repris en masse pour être étiqueté. On regarde devant, pas derrière.
Quand annoncer un visuel généré par IA
Le texte est juridique, votre quotidien ne l’est pas. Voilà la règle que nous appliquons chez nous, plus simple que la loi et volontairement plus stricte.
On annonce dès qu’un contenu pourrait passer pour une capture du réel. Une photo de vos locaux, de votre équipe, de votre atelier, un témoignage, une voix. Si un visiteur peut croire que la scène a existé, il doit savoir qu’elle n’a pas existé.
Cette règle se décline en 3 niveaux, du plus anodin au plus sensible.
- Le décor recomposé. Un fond remplacé, une lumière retravaillée, une ambiance créée autour d’un produit réel. Peu d’enjeu, une mention discrète suffit largement.
- Le produit modifié. Là, le problème n’est plus légal, il est commercial. Un produit dont la forme, la couleur ou la taille changent d’une image à l’autre crée un écart entre ce qui est promis et ce qui sera livré. C’est la seule règle qui ne se négocie jamais, le produit reste strictement identique.
- La personne inventée. Un visage, une voix, un témoignage. C’est le cas le plus encadré et le plus risqué pour la réputation. Un faux client qui recommande votre service est un problème d’une autre nature qu’un joli fond.
Sur la forme, restez sobre. Personne ne vous demande un bandeau clignotant. Une ligne sous un visuel, une phrase d’accueil dans un agent conversationnel, une mention groupée en pied de page pour une série. L’obligation est d’informer clairement, pas d’alerter. Un bandeau anxiogène coûte plus de conversions que la mention n’en aurait fait perdre.

Coût des visuels IA et règles de production
Il serait dommage de conclure de tout ceci qu’il faut arrêter. L’écart de coût reste énorme, et il ne se refermera pas.
Les ordres de grandeur du marché sont connus. Un visuel produit sur fond neutre se situe entre 25 et 150 euros. Un visuel en situation entre 150 et 500 euros. Une centaine de variantes en studio entre 1 500 et 8 000 euros. La production assistée déplace ces chiffres d’un facteur important, et surtout elle change la nature du travail.
Parce que le vrai gain n’est pas le prix unitaire. C’est le nombre d’essais. Un studio produit une ambiance par journée de tournage. Vous pouvez désormais décliner un même produit par marché, par saison, par offre, et garder ce qui fonctionne. Ce n’est pas la même économie, c’est un autre métier.
3 garde-fous suffisent à en profiter sans se mettre en danger.
- Une référence unique, figée. Toutes les déclinaisons partent de la même image de départ, sur fond neutre. C’est ce qui garantit que le produit ne dérive pas au fil de la série.
- Un contrôle humain sur chaque sortie. Les défauts se sont déplacés, ils ne sont plus dans le rendu global mais dans les détails, un texte illisible sur un emballage, une main improbable, une proportion fausse.
- La mention, posée dès la mise en ligne. L’ajouter après coup sur 200 visuels coûte infiniment plus cher que de la prévoir à la production.
Le reste relève du même travail de fond que le design lui-même. Un visuel généré sans direction ressemble à tous les autres, exactement comme les sites générés sans direction se ressemblent tous. La conformité règle la question de l’honnêteté, elle ne règle pas celle de la différence.

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Questions fréquentes
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